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Hommage à Gilles Chomer : L’Enfant Jésus retrouvé au Temple, un nouveau Stella dans les Pyrénées

In Situ n°3 - printemps 2003

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PierreCurie
Conservateur du patrimoine, Sous–direction des études, de la documentation et de l’Inventaire
BertrandDucourau
Conservateur du patrimoine, Conservation régionale des monuments historiques, Direction régionale des affaires culturelles de Midi–Pyrénées


Fig. 1 : Jacques Stella, L’Enfant Jésus retrouvé au Temp...
        La redécouverte de cette toile séduisante[1], mise en dépôt dans le trésor de l’église de Saint–Béat (Haute–Garonne) par la municipalité de Fos, ajoute une nouvelle version à un groupe de peintures dérivant toutes du chef–d'oeuvre de Jacques Stella (1596–1657), peint vers 1642 pour le noviciat des jésuites du Faubourg Saint–Germain à Paris.

La présence de cette oeuvre dans l’église de Fos, petit village de fond de vallée pyrénéenne, est d’autant plus remarquable du fait de la relative rareté, dans les édifices pyrénéens de ce département, de peintures sur toile[2]. Cette rareté ainsi que sa très grande qualité lui ont valu le classement dès le début du XXe siècle (sous le nom de Le Sueur). La commune, consciente de sa valeur, mais ne disposant pas pour l’instant d’un local pouvant garantir sa sécurité, a consenti à la mettre en dépôt au trésor de l’église de Saint–Béat.

La personnalité de Stella est désormais bien connue, depuis les travaux de Gilles Chomer notamment[3] : sa place dans l’atticisme parisien et son rôle artistique à Lyon en font l’un des protagonistes majeurs du classicisme français.

A propos de la composition qui nous occupe ici, récemment étudiée sous l’angle de l’iconographie[4], tout a été dit sur les quatre exemplaires connus jusqu’alors, conservés à Notre–Dame des Andelys (Eure)[5], à la basilique Saint–Liduina de Schiedam (Pays–Bas)[6], à Lyon, au musée des Beaux–Arts [7] ainsi qu’à l’église Saint–Ayoul de Provins (Seine–et–Marne)[8]. A ces tableaux s’ajoutent plusieurs dessins[9]. C’est dire assez le succès de l’oeuvre et sa place importante dans le corpus de l’artiste.


Fig. 2 : Jacques Stella, L’Enfant Jésus retrouvé au Temp...
        Les différents tableaux présentent tous des variantes, notamment dans l’architecture de l’arrière–plan, comme si l’artiste s’était plu à décliner son invention non seulement en modifiant les supports, les dimensions et les techniques employées, mais aussi en retravaillant subtilement l’ambiance de la scène par le traitement de l’espace du Temple. Cependant, la permanence du style de Stella de l’une à l’autre version s’établit aisément dans l’éclairage cristallin et dans une monumentalité de conception qui, comme chez Le Sueur, n’exclut pas la délicatesse.

Bien qu’elle soit inversée et simplifiée par rapport au prototype des Andelys, la composition de Saint–Béat est certainement une réplique de la main même de Stella[10] : le fond d’architecture, avec sa belle abside à caissons, et le groupe des anges, si typiques du peintre, ne se retrouvent dans aucune des autres " rédactions " du thème. Malheureusement, à ce stade des recherches, aucune provenance ancienne n’a pu être établie avec certitude pour cette oeuvre datable des années 1645–1650. Elle aurait appartenu à la famille de Lassus, originaire de la commune proche de Montrejeau, dont l’un des membres était chambellan à la cour de Louis XIV. Une suite de mariages et de successions, qui ne sont pas à ce jour bien connus, aurait amené au don de la toile à l’église de Fos, au XIXe siècle.

Il est heureux que de modestes églises, d’humbles chapelles et de petits trésors ou musées d’art sacré, si indispensables à la conservation de la mémoire des lieux, puissent réserver de telles – bonnes – surprises pour les historiens de l’art " savant ". Cette découverte prouve en tout cas, si cela était nécessaire, que le patrimoine français reste encore largement à explorer.


Référence de cet article

CURIE,Pierre, DUCOURAU,Bertrand.Hommage à Gilles Chomer : L’Enfant Jésus retrouvé au Temple, un nouveau Stella dans les Pyrénées. In Situ, revue des patrimoines [en ligne],2005, n°3 [consulté le JJ/MM/AAAA].
http://www.insitu.culture.fr/article.xsp?numero=3&id_article=v4-1149


Table des illustrations

Fig. 1 : Jacques Stella, L’Enfant Jésus retrouvé au Temple, Saint–Béat, trésor de l’église (dépôt de la municipalité de Fos). Phot. André Mielniczek © Ministère de la culture, DRAC Midi–Pyrénées, 2000

Fig. 2 : Jacques Stella, L’Enfant Jésus retrouvé au Temple (détail), Saint–Béat, trésor de l’église (dépôt de la municipalité de Fos). Phot. André Mielniczek © Ministère de la culture, DRAC Midi–Pyrénées, 2000


Notes

1 - Huile sur toile, 88 x 71 cm (cadre du XIXe siècle), classée au titre des Monuments historiques le 5 novembre 1912. Restaurée en 2001 par André Mielniczek : support : désentoilage ; doublage. Couche picturale : nettoyage, enlèvement des retouches anciennes assombries, réintégrations picturales ponctuelles.

2 - Si la statuaire et les retables pyrénéens ont été largement étudiés, et par là même considérés comme représentatifs du patrimoine pyrénéen, en revanche la peinture de chevalet de ces édifices reste relativement méconnue.

3 - Gilles Chomer, décédé il y a peu, préparait une exposition Stella avec le musée des Beaux–Arts de Lyon.

4 - HENIN, Emmanuelle. L’Enfant Jésus au milieu des docteurs : une image de la parabole au XVIIe siècle. A propos d’une ekphrasis jésuite d’un tableau de Stella. Gazette des Beaux–Arts, juillet–aouicirc;t 2000. P. 31–48.

5 - Huile sur toile, 380 x 200 cm ; il s’agit du tableau anciennement au noviciat des jésuites de Paris, voir Grand siècle : peintures françaises du xviie siècle dans les collections publiques françaises, cat. exp., Montréal, Rennes, Montpellier. RMN, 1993. P. 242, n° 78 [notice par M. Hilaire] et Le Dieu caché. Les peintres du grand siècle et la vision de Dieu, cat. exp. Rome, Académie de France, 2000–2001. P. 127–130, n°18 [notice par E. Coquery].

6 - Huile sur cuivre, 47,3 x 35,2 cm, signée et datée 1649 ; voir HUYS JANSSEN, Paul. A newly discovered painting by Jacques Stella in Holland. The Burlington Magazine, novembre 1996. P. 750–751.

7 - Huile sur bois, 65,5 x 54,5 cm, signée et datée 1645 ; voir ROSENBERG, Pierre. Tableaux français du XVIIe siècle. Revue du Louvre et des musées de France, 1979, n° 5–6. p. 401–407.

8 - Voir KERSPERN, Sylvain.  "Jésus retrouvé par ses parents dans le Temple" (1654) par Jacques Stella (Provins, église Saint–Ayoul). Gazette des Beaux–Arts, juillet–août 1989, n° 1446–1447. P. 1–10.

9 - Conservés notamment en collection particulière, à l’Art Gallery of Ontario de Toronto, au Museum Kunsthaus de Worms, etc.

10 - Consulté sur le tableau en 2000, Alain Mérot a également rapproché le tableau de Stella.