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Un copiste inattendu à Vic-sur-Cère (Cantal)

In Situ n°5 - décembre 2004

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RenaudBenoit-Cattin
Conservateur du patrimoine, Conservateur régional de l’Inventaire, Direction régionale des affaires culturelles du Nord-Pas-de-Calais

A Vic-sur-Cère, petit bourg du Cantal, l’hôtel du Pont et du Parc abrite au rez-de-chaussée une salle de restaurant dont les quatre murs sont ornés de dix-sept peintures d’un caractère peu ou prou monumental. Leur hauteur est d’environ 1,50 m, leur largeur variant de 0,6 à 3,5 m. Quatorze d’entre elles ont été exécutées par Antoine Cayrol entre 1909 et 1914, les trois dernières par son petit-fils, Roger Cayrol, en 1954.

Le grand-père, Antoine, né en 1864, est élevé à Paris. Après son service militaire effectué à Nancy, il vient à Vic-sur-Cère pour y passer quelques vacances : il y restera jusqu’à sa mort. Il épouse la fille du patron de l’hôtel du bourg et s’occupe de l’établissement à partir de 1905. Pour meubler la saison d’hiver, durant laquelle l’hôtel est fermé, l’idée lui vient de décorer lui-même la salle à manger. Ne disposant semble-t-il d’aucune formation particulière, il se met à l’ouvrage en 1909.

Autodidacte, il ne prétend de toute évidence à aucune virtuosité, simplement à dispenser quelque agrément aux clients de l’établissement. Ceux-ci, pour l’essentiel des citadins, peuvent certes regarder tout à loisir le Petit Trianon à Versailles ou des représentations de perroquets mais, surtout, des scènes campagnardes, tels un renard maraudant un canard, le retour de la chasse, les faucheurs, le passage en barque ou le chemin de campagne.

Plusieurs de ces scènes évoquent des gravures anglaises ou la peinture romantique allemande. Manifestement, Antoine Cayrol s’est inspiré de modèles qui ont guidé sa main quelque peu malhabile et mal exercée. Deux scènes méritent cependant que l’on s’y attarde un bref instant, Les faucheurs et Le gué.

La scène des faucheurs[1] n’est dérivée ni d’une gravure ni d’un tableau, mais recopie le plus fidèlement possible une photographie prise sur le vif en 1899 à Saint-Paul-de-Salers par l’abbé Gély, curé d’une paroisse environnante, et diffusée sous forme de carte postale : faucheurs à l’ouvrage au premier plan, village et paysage montagneux dans le lointain (fig. n°1 et 2).


Fig. 1 - Les faucheurs, Vic-sur-Cère (Cantal), hôtel du ...


Fig. 2 - Les faucheurs, photographie par l’abbé Gély, 18...

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Le gué[2], composition bien construite mais de facture sommaire - ce qui caractérise bien souvent les copies - imite fidèlement une chromolithographie publicitaire, « Halle aux vêtements J. Périssel, 27, place Saint-Pierre, Clermont-Ferrand, habillements confectionnés & sur mesure pour hommes, jeunes gens & enfants ». A bien y regarder, cette publicité n’est elle-même qu’une reproduction d’un tableau d’Edouard Debat-Ponsan réalisé en 1899 (fig. n°3 et 4).


Fig. 3 - Le gué, Vic-sur-Cère (Cantal), hôtel du Pont et...


Fig. 4 - Le gué, chromolithographie publicitaire, d’aprè...

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On est loin, certes, des copies d’étude réalisées par de grands maîtres en herbe (Charles Le Brun ou Pierre Mignard par exemple) ou de l’ensemble d’environ 200 copies des plus illustres tableaux de la collection de l’archiduc Léopold Guillaume, gouverneur des Pays-Bas à Bruxelles, véritable catalogue illustré réalisé par David Téniers le jeune au milieu du XVIIe siècle. Mais les peintures d’Antoine Cayrol montrent combien est large le spectre de l’imitation, du peintre de cour à l’artiste amateur, pour la gloire d’un puissant ou le simple plaisir du voyageur.

Le peintre-aubergiste, par ailleurs, s’est ainsi servi de modèles contemporains - photo et tableau datant de 1899, les peintures de 1909 pour l’une, au plus tard de 1914 pour l’autre. Enfin, l’utilisation de médiums modernes, photographie et publicité, montre à quel point les sources de la copie peuvent être diversifiées, voire surprenantes.


Référence de cet article

BENOIT-CATTIN,Renaud.Un copiste inattendu à Vic-sur-Cère (Cantal). In Situ, revue des patrimoines [en ligne],2005, n°5 [consulté le JJ/MM/AAAA].
http://www.insitu.culture.fr/article.xsp?numero=5&id_article=b1-503


Table des illustrations

Fig. 1 - Les faucheurs, Vic-sur-Cère (Cantal), hôtel du Pont et du Parc, salle à manger, peinture par Antoine Cayrol, 1909. Phot. Inv. R. Choplain - R. Maston © Inventaire général, ADAGP, 1981.

Fig. 2 - Les faucheurs, photographie par l’abbé Gély, 1899. Repro. Inv. R. Choplain - R. Maston © Inventaire général, ADAGP, 1981.

Fig. 3 - Le gué, Vic-sur-Cère (Cantal), hôtel du Pont et du Parc, salle à manger, peinture par Antoine Cayrol, entre 1909 et 1914. Phot. Inv. R. Choplain - R. Maston © Inventaire général, ADAGP, 1981.

Fig. 4 - Le gué, chromolithographie publicitaire, d’après un tableau d’Edouard Debat-Ponsan de 1899. Repro. Inv. R. Choplain - R. Maston © Inventaire général, ADAGP, 1981.


Notes

1 - Voir dans la base Palissy : notice IM15000321.

2 - Voir dans la base Palissy : notice IM15001000.