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De l’aile conventuelle à destination des convers au bâtiment agricole à fonction multiple : le cas des abbayes cisterciennes de Chaloché (Maine-et-Loire), Preuilly (Seine-et-Marne) et Valence (Vienne)

In Situ n°5 - décembre 2004

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FranckTournadre
Doctorant en Histoire de l’art, Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale, CNRS – UMR 6589 – Poitiers

L’étude des « granges » abbatiales de Chaloché (Maine-et-Loire), Valence (Vienne) et Preuilly (Seine-et-Marne), permet de découvrir un aspect encore méconnu des dispositions et du rôle des bâtiments utilitaires élevés au XIIIe siècle à l’intérieur de ces abbayes cisterciennes, et dont on conserve à tort l’image d’une architecture aussi fruste que peu originale. Davantage que de simples édifices à vocation agricole, les fonctions des « granges » de Chaloché et de Valence semblent s’être étendues à d’autres activités, telles que l’accueil des visiteurs et l’hébergement des convers. Une réflexion s’engage ainsi sur la place des laïcs dans les établissements cisterciens et sur les espaces qui leur étaient attribués.

A scrutiny of abbey barns in Chaloché (Maine-et-Loire), Valence (Vienne), and Preuilly (Seine-et-Marne), allows us to discover how utilitarian buildings were laid out inside Cistercian abbeys and what their function was. The misconception of these 13th century buildings is that of a quite crude and unoriginal architectural style. The barns in Chaloché and Valence, more than being just « farm buildings », seem to have been used for activities like that of welcoming visitors or accomodating lay people. Further thought can thus be considered about the place of the laity in Cistercian institutions and the place that was assigned to it.

Introduction

Depuis plusieurs années, de nombreuses recherches sont consacrées à l’étude des temporels cisterciens afin de mieux comprendre les systèmes d’exploitation et les pratiques agraires, le fonctionnement et la gestion économique des monastères[1]. Malheureusement, l’architecture des bâtiments utilitaires situés au sein des établissements ou dans les domaines agricoles périphériques n’a pas suscité la même émulation. Un travail universitaire a récemment permis de recenser et d’évaluer l’intérêt des bâtiments conventuels destinés aux convers[2] dans une partie de l’Ouest français[3]. En effet, le succès de Cîteaux tenant pour beaucoup à sa fulgurante expansion économique, les frères convers y ont directement contribué, de même que les salariés employés pour compléter les effectifs.

Les trois bâtiments évoqués ici constituent des exemples remarquables, non seulement par leur architecture, mais par des dispositions qui reflètent des aspects fort méconnus de la vie économique et communautaire à l’intérieur de certaines abbayes cisterciennes. De ces trois «  granges », telles qu’on les nomme souvent de manière restrictive[4], Chaloché en Maine-et-Loire, Valence dans la Vienne et Preuilly en Seine-et-Marne ont conservé des vestiges monumentaux.

Chaloché


Fig. 1 - Abbaye de Chaloché, vue de la « grange » et de ...

A une quinzaine de kilomètres au nord-est d’Angers, l’abbaye de Chaloché apparaît encore très isolée malgré l’installation d’un aérodrome à proximité. Le bâtiment considéré dans cette étude est situé à près de 50 m à l’ouest de l’ancienne clôture conventuelle. Il est associé à la porterie du monastère et à la chapelle dite « des étrangers »[5]. Conservées dans un excellent état jusqu’en mars 1993, les charpentes de la « grange » et de la porterie ont malheureusement disparu lors d’un incendie, provoquant depuis une dégradation progressive des bâtiments (fig. n°1). L’ensemble est inscrit à l’Inventaire supplémentaire depuis le 26 mars 1973.

Rappel historique


Fig. 2 - Abbaye de Chaloché, vue cavalière de 1699. Bibl...

Sous l’impulsion de Hamelin, seigneur d’Ingrandes, l’abbaye de Chaloché est fondée en 1129 par le monastère normand de Savigny. Comme pour celui-ci, le rattachement à Cîteaux intervient en 1147[6] Dès lors, grâce aux nombreuses donations seigneuriales, Chaloché voit son temporel se développer considérablement jusqu’à la fin du XIIIe siècle[7]. Les seigneurs de Matheflon, ses principaux bienfaiteurs, contribuent notamment à la construction de l’église abbatiale, consacrée le 20 août 1223 par l’évêque d’Angers, Guillaume de Beaumont. En revanche, bien que cette prospérité ait grandement favorisé l’économie agricole, nulle source écrite connue ne mentionne l’existence au sein de l’abbaye d’un bâtiment aussi fondamental dans la gestion du domaine que la « grange ». Le premier document qui atteste formellement sa présence est une vue de Gaignières datée de 1699 (fig. n°2), postérieure à la campagne de l’abbé Julien Meliand, procureur général de l’Ordre en France, qui entreprend de 1683 à 1684 la reconstruction complète des bâtiments conventuels en place de nos jours. Seule l’abbatiale fut rasée après la vente comme Bien national en 1790.

Description


Fig. 3 - Abbaye de Chaloché, plan de la « grange » au re...

Alignée sur un axe nord-sud, la "grange" est bâtiment de plan rectangulaire construit en moellons de grès irréguliers, mesurant un peu moins de 62 m de longueur sur près de 8 m de largeur hors-œuvre, comportant un rez-de-chaussée (fig. n°3), autrefois plafonné, et un étage auparavant couvert d’une charpente apparente. Le plan du rez-de-chaussée s’articule autour d’un passage légèrement excentré vers le sud, qui permet de traverser l'édifice de part en part.

Au nord, une grande salle est coupée au tiers de sa longueur par un mur de refend ajouté postérieurement. Une file de poteaux placée dans l’axe longitudinal soutenait son plafond[8] (fig. n°4).

Au sud, l’espace est inégalement divisé en cinq pièces par des refends et une cloison. L’étage était séparé en deux grands volumes par un pan de bois construit au sud, aux 3/5e de la charpente (fig. n°5). Cette dernière, en bois de chêne et à chevrons portant fermes, était constituée de dix fermes principales à entrait et poteau et de soixante-dix-sept fermes secondaires à blochets.


Fig. 4 - Abbaye de Chaloché, grande salle nord de la « g...


Fig. 5 - Abbaye de Chaloché, charpente de la « grange »....

fig. 4

fig. 5


Fig. 6 - Abbaye de Chaloché, face est de la « grange ». ...

La face orientale du bâtiment présente un grand nombre d’ouvertures (fig. n°6), parfois rajoutées ou remaniées[9]. A quelques exceptions près, comme par exemple les deux baies rectangulaires à encadrement chanfreiné situées au nord, l’ensemble des portes et fenêtres adopte une forme brisée à simple rouleau, doublée à l’intrados d’un arc appareillé en calcaire. L’ouverture du passage, autrefois plus grande, est maintenant réduite à une simple porte piétonne. Au sud, notons l’existence d’une petite ouverture basse en arc brisé, désormais murée, dont la hauteur (1,40 m) indique qu’elle était probablement destinée au passage d’animaux domestiques[10]. L’étage, qui a subi peu de transformations, présente une série de quinze baies étroites en arc trilobé à ébrasement interne, dont l’encadrement chanfreiné est appareillé en tuffeau. Trois portes en arc brisé (celle du sud est visiblement très récente) permettaient d’accéder à ce niveau à l’aide d’échelles, puisque aucune trace d’escalier extérieur n’a été repérée.


Fig. 7 - Abbaye de Chaloché, baie du pignon sud de la « ...

Contrairement au mur oriental, la face occidentale est dotée de peu d’ouvertures. Au rez-de-chaussée, la grande porte du passage apparaît aujourd’hui comme l’unique percement d’origine[11]. L’étage est éclairé par neuf baies, dont six en plein cintre, comparables à celles de la face orientale.

Le pignon sud (fig. n°7) est percé d’une grande fenêtre en arc brisé, dont le remplage est composé de deux lancettes trilobées, séparées par un meneau et surmontées de quatre trilobes et de deux petits oculus. Bien que l’ensemble soit muré, on devine aisément un système de montage en dalles. Deux contreforts doubles aux angles et un troisième sous l’appui de la fenêtre renforcent le mur pignon.

A l'est de la "grange", la porterie est d'une construction analogue mais plus ancienne (fig. n°8) et abrite deux salles.
Fig. 8 - Abbaye de Chaloché, porterie et chapelle vues d...
        Celle de l’ouest a conservé sa grande voûte en berceau appareillé, la seconde à l’est, qui était divisée en deux nefs inégales par une file de supports, ne possède plus que les arrachements de six petites croisées d’ogives toriques reposant latéralement sur des culots engagés. Cette salle communiquait avec l’extérieur : au nord par une double entrée charretière et piétonne, à l’est comme au sud, par une simple porte. Perpendiculaire à la face orientale de la « grange », un mur, dont la trace est repérable au sol à 2,50 m de la porterie, délimitait autrefois un passage étroit entre les deux constructions, jouant ainsi le rôle de « sas » entre la «  grange » et la porterie. Cet élément est visible sur le dessin de Gaignières de 1699.


Fig. 9 - Abbaye de Chaloché, mur nord de la porterie et ...

La chapelle qui joint l’angle nord-est de la porterie est un édifice orienté divisé désormais en deux niveaux. Sa charpente à chevrons formant fermes, seule épargnée lors de l’incendie de 1993, présente des caractéristiques très proches de celles disparues. A l’ouest, une porte surmontée d’une baie haute et étroite à remplage trilobé constitue l’accès primitif (fig. n°9). Masqué par un bâtiment du XIXe siècle, l’ébrasement d’une large fenêtre en arc brisé subsiste sur le pignon oriental, ainsi que de nombreuses traces de peintures murales sur les parois internes de l’édifice.

Intérêt du bâtiment

L’étude de Daniel Bontemps demeure le plus important travail consacré à la «  grange » de Chaloché, d’autant qu’elle est antérieure à la destruction de la charpente et qu’une analyse dendrochronologique, aujourd’hui précieuse, fut alors menée[12]. Le relevé des marques de charpentiers permit d’établir une mise en place de la charpente en deux campagnes principales, les prélèvements d’échantillons révélèrent que l’abattage des bois constitutifs eut lieu entre 1262 et 1275[13]. L’édification des murs, dont le montage est visiblement contemporain, se situe donc approximativement entre ces deux dates[14].

La fonction du bâtiment constitue une des questions fondamentales pour la compréhension globale du site. Pour cette raison, il convient de s’interroger sur le qualificatif de « grange », toujours employé, mais dont la signification reste trop floue face aux enjeux de l’interprétation. En effet, le lien étroit avec la porterie et la chapelle doit être considéré, de même que le programme architectural de la «  grange » et le rapport à la clôture conventuelle. L’hypothèse d’un bâtiment multi-fonctionnel est très probable. Outre les dimensions imposantes de l’édifice, la subdivision du rez-de-chaussée laisse penser que la plupart des espaces étaient dévolus à des activités agricoles, telles que le stockage des denrées ou l’hébergement du bétail. L’étude d’une partie du temporel n’apporte hélas pas de réponses plus précises dans ce domaine[15].

A l’instar de D. Bontemps, on peut penser que la grande salle du nord a peut-être rempli un autre rôle, celui d’une hôtellerie par exemple, hypothèse étayée par la présence du « sas », désormais disparu, qui liait directement cette salle à la porterie[16]. Par ce passage, les étrangers étaient ainsi acheminés vers un endroit réservé aux hôtes, nettement à l’écart de la clôture des moines. Cette hypothèse conduirait donc à considérer l’ensemble «  grange »-porterie-chapelle comme un espace réservé aux laïcs, ce que semble bien confirmer son isolement par rapport aux lieux réguliers.

Une autre interrogation concerne le logement des frères convers dans l’abbaye. Communément implanté à l’ouest du « carré » conventuel, le bâtiment des convers de Chaloché bordait-il le cloître ? La reconstruction du XVIIe siècle, telle que la représente Gaignières, ne permet pas de l’affirmer. L’absence d’éléments probants dans les sources écrites antérieures n’apporte pas non plus de réponse. Il n’est donc pas impossible d’imaginer que la «  grange » a peut-être aussi joué ce rôle et qu’aucune aile ne fut élevée. Cette conjecture fragile n’en demeure pas moins envisageable quand on sait notamment que les cisterciens ménageaient souvent un espace entre le cloître et le bâtiment des convers, simple ruelle ou véritable cour selon les cas. Le passage transversal, que l’on trouve de manière récurrente dans les ailes conventuelles cisterciennes à l’usage des convers[17], existe aussi dans la «  grange » de Chaloché et constitue donc un indice intéressant. Si l’on considère cette éventualité, le bâtiment abritait donc cette communauté, pour les repas comme pour le coucher ; la salle de l’hôtellerie servant alors de réfectoire et une partie de l’étage de dortoir. La grande fenêtre du pignon sud, qui par la qualité de son exécution revêt avant tout un caractère ostentatoire, contraste avec les autres ouvertures et laisse présager une fonction noble pour l’étage de la «  grange ».

Valence

L’abbaye de Valence, située à 35 km au sud de Poitiers, est implantée au bord de la Dive, à moins de 500 m de la N 10. Comme à Chaloché, la «  grange » est construite à 50 m à l’ouest de l’ancienne clôture conventuelle, dont seul subsiste le réfectoire du XIIIe siècle. Considérablement dégradé, le bâtiment, dont la charpente a été partiellement démontée il y a quelques années, a subi de lourds remaniements mais conserve cependant quelques éléments médiévaux remarquables. Le bâtiment est inscrit depuis le 7 octobre 1997.

Rappel historique

Bien que le texte original n’existe plus, les sources écrites modernes indiquent que l’abbaye de Valence, placée dans la filiation de Clairvaux, aurait été fondée le 6 août 1230[18]. L’intention revient à Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, qui commandite cette fondation prestigieuse auprès du chapitre général de Cîteaux quelques années auparavant[19]. D’importants moyens financiers sont rapidement mis en œuvre dans la construction du monastère, dont le programme architectural, alors exceptionnel pour la région, s’inscrit parfaitement dans la mouvance des grands chantiers cisterciens d’Ile-de-France et de Champagne[20]. Par ailleurs, la richesse de la dotation permet à l’abbaye de constituer un important temporel.


Fig. 10 - Abbaye de Valence, plan des toits du XVIIIe s....

Après une période historiquement mal connue, la guerre de Cent Ans affecte le monastère et entraîne sa fortification au XIVe siècle[21]. Plus graves encore sont les conséquences des guerres de Religion, qui condamnent toute vie monastique à Valence pendant près de cinquante ans et engendrent la destruction partielle des bâtiments. Une campagne de travaux est engagée au XVIIe siècle afin de réparer l’église, les ailes conventuelles et la «  grange » [22]. Vendue comme Bien national le 30 avril 1791[23] (fig. n°10), l’abbaye sert ensuite de carrière d’approvisionnement pour le four à chaux installé au milieu du cloître[24]. L’essentiel des bâtiments est rasé avant 1837. Aujourd’hui propriété publique, les vestiges de Valence demeurent à l'abandon mais des projets de réhabilitation sont à l’étude.

Description


Fig. 11 - Abbaye de Valence, « grange » vue de l’est. Ph...

Construite en moellons de calcaire, la « grange » mesure actuellement 60 m de longueur (52 m à l’origine) sur 10,65 m de largeur hors œuvre. Remaniée à plusieurs reprises, la construction d’origine n’a conservé que son enveloppe murale, ainsi que quelques ouvertures. Les planchers ruinés qui séparent les deux niveaux d’élévation[25], la charpente à combles brisés et la compartimentation intérieure datent pour l’essentiel du XVIIe siècle (fig. n°11).


Fig. 12 - Abbaye de Valence, porte gothique sur le mur e...

La face est, du côté de l’ancienne cour des convers, est pourvue de deux massifs rectangulaires qui abritaient primitivement des conduits de cheminées (celui du nord possède encore les vestiges d’une cheminée médiévale aux deux niveaux). Les remaniements consécutifs perturbent la lecture archéologique des élévations et permettent difficilement de discerner les éléments d’origine. Le plus intéressant est une porte soigneusement appareillée, surmontée d’un tympan monolithe orné d’un trilobe brisé et mouluré, dans lequel est timbrée une fleur de lys. Redécoupé à l’époque moderne par un arc surbaissé, ce tympan était autrefois souligné par une archivolte. Rigoureusement assisés, les piédroits de la porte sont dotés de colonnettes (fig. n°12) et de chapiteaux à feuillages. Au niveau supérieur, la baie rectangulaire à ébrasement est peut-être l’unique vestige d’ouverture médiévale.


Fig. 13 - Abbaye de Valence, face ouest de la « grange »...

La face ouest (fig. n°13), renforcée par quatre contreforts appareillés (celui du nord est situé dans le prolongement de l’ancien pignon), est également très hétérogène. On relève surtout la présence d’une fenêtre géminée à double linteau échancré en arc brisé.


Fig. 14 - Abbaye de Valence, face est et pignon nord de ...

L’ancien pignon nord (fig. n°14), encadré de deux contreforts saillants intégrés dans l’accroissement moderne du bâtiment, présente une grande baie appareillée à double ouverture brisée et chanfreinée, surmontée d’un quadrilobe inscrit dans un cercle.


Fig. 15 - Abbaye de Valence, baie du pignon nord de la «...

L’embrasure intérieure, en arc segmentaire, conserve la trace de deux coussièges noyés dans des maçonneries de rebouchage, ainsi qu’une exceptionnelle «  colombe » [26] sculptée sur le meneau, destinée à la fermeture des vantaux (fig. n°15). Comme à Chaloché, les éléments constitutifs de cette fenêtre sont montés en dalles et soigneusement assemblés les uns par rapport aux autres. Le pignon sud possède une baie identique, aujourd’hui murée.


Fig. 16 - Abbaye de Valence, porterie vue du nord-est. P...

A peine isolée de la « grange », la porterie est un petit bâtiment rectangulaire implanté en retour d’équerre au sud, qui mesure près de 12 m de longueur sur 6 m de largeur hors-œuvre (fig. n°16). Construit en moellons, l’édifice est couvert d’une toiture à deux pentes limitée par des pignons découverts à crossettes. Ses deux niveaux d’élévation présentent plusieurs ouvertures et témoignent de remaniements modernes. Au nord, seule la porte en arc brisé du rez-de-chaussée et la porte rectangulaire de l’étage, toutes deux chanfreinées, correspondent à des percements d’origine et contemporains de la «  grange ». La grande porte en anse de panier paraît remonter au XVIIe ou XVIIIe siècle. Enfin, un large conduit de cheminée, construit en saillie sur le mur sud, appartient vraisemblablement à la construction primitive.

Intérêt du bâtiment

Jusqu’à présent, la «  grange » de Valence n’a pas soulevé un vif intérêt auprès des chercheurs. Seul le récent article de Claude Andrault-Schmitt expose les grandes lignes de la fondation de l’abbaye, fournit une description des bâtiments et met en avant l’ambition du commanditaire à travers la richesse du programme architectural[27]. D’après ses dimensions, l’auteur suppose que le bâtiment a pu servir de cellier, d’hôtellerie ou de grange[28]. Cette idée était partagée par Marcel Aubert, qui estimait en revanche, d’après la proximité de la porterie (organe majeur pour l’accueil des visiteurs), que ces fonctions avaient pu fusionner[29]. Cependant, malgré un développement peu conventionnel pour une aile occidentale et une implantation très à l'écart du cloître, l'hypothèse d'un bâtiment pour les convers n'est pas rejetée par C. Andrault-Schmitt, qui engage également une réflexion sur le mode de vie et les rapports entre moines et convers cisterciens au XIIIe siècle[30]. De plus, la relative courte durée du chantier (une trentaine d’années probablement) met en évidence l'impossibilité d'une construction antérieure plus proche du cloître. L’existence de cheminées et de coussièges aux fenêtres des pignons, éléments empruntés à l’architecture civile, laisse aussi deviner un certain confort, assez inhabituel dans les ailes des convers[31].

Il demeure difficile d'avancer une datation en raison des multiples remaniements qui affectèrent la construction. Une campagne, attribuée au XVIIe siècle, a profondément bouleversé l'édifice (rallongement au nord, charpente, planchers, ouvertures, etc.) et sans doute aussi modifié sa destination[32]. Le seul élément d'origine qui autorise une datation : la porte gothique sur la face est, en particulier le décor à feuillage de ses chapiteaux, suggère le milieu du XIIIe siècle[33]. Le bâtiment, peut-être élevé peu de temps après la concession des foires en 1239, aurait donc achevé un chantier « d'une étonnante rapidité »[34].

La singularité de son développement architectural le rapproche à l'évidence de la « grange » de Chaloché, également élevée dans le deuxième tiers du XIIIe siècle. En plus de son implantation nettement en retrait du cloître, la « grange » de Valence possède des caractéristiques très proches de son homologue angevine : longueur, articulation intérieure (succession de salles, premier étage séparé par un plancher), pignons éclairés par une large baie et proximité immédiate d'une porterie. Bien qu’on ne puisse déterminer le rôle de chacune des salles, il est donc permis d'avancer l'hypothèse d'un bâtiment à usage mixte, associant des fonctions agricoles à des fonctions d'accueil. Comme à Chaloché, le lien direct avec la porterie suppose aussi l'intégration d'une hôtellerie.

Enfin, il faut souligner que le rôle annexe de l’édifice n’a pas empêché pour autant la réalisation d’un programme ambitieux, qui se manifeste essentiellement par un savoir-faire technique et des détails d’exécution. Le montage en dalles des fenêtres de pignons, l’aménagement d’une « colombe » sculptée au revers du meneau et la construction assisée de la porte gothique révèlent à elles seules un haut degré de sophistication et une maîtrise de la stéréotomie qui ne trahissent pas les habitudes cisterciennes.

Preuilly : la ferme des Beauvais


Fig. 17 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, fac...

L’abbaye de Preuilly est implantée en limite sud de la plaine de Brie, dans une vallée peu profonde et déboisée, à 15 km au nord-est de Montereau-Fault-Yonne. Le long mur d’enceinte qui clôt l’abbaye abrite encore les ruines imposantes de l’abbatiale et de la salle capitulaire, un logis du XVIIIe siècle construit à l’emplacement de l’aile des convers et de nombreux corps de ferme, pour partie médiévaux, dont le domaine des Beauvais (fig. n°17) inscrit le 17 septembre 1943.

Rappel historique

Fondée en 1118 par Etienne Harding sur des terres données par Thibaut, comte de Champagne, l’abbaye de Preuilly est la cinquième fille de Cîteaux. Le prestige de la fondation attire rapidement de nombreux dons et de grandes libéralités royales. De telles donations permettent la constitution d’un domaine agricole considérable et apportent au monastère une prospérité florissante qui participe au développement de la région. Ce succès s’accompagne d’une politique d’essaimage qui s’étend jusque dans la péninsule ibérique et permet la construction de l’église et des bâtiments dans la seconde moitié du XIIe siècle.

Frappée par la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, l’abbaye subit quelques destructions mais parvient à se maintenir jusqu’à la Révolution. Les bâtiments sont alors livrés aux marchands de biens et autres démolisseurs. L’abbaye est rachetée en 1829 par une famille, toujours propriétaire, qui parvient à conserver les ruines de l’abbatiale et de la salle capitulaire, ainsi que les exploitations agricoles situées à l’intérieur de l’enceinte.

Description


Fig. 18 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais vu d...

Le domaine des Beauvais est composé de plusieurs corps de fermes, mais un seul présente un réel intérêt architectural. Le bâtiment en question est implanté sur un axe nord-sud à environ 90 m à l’ouest de l’ancienne clôture conventuelle. L’édifice, auquel est accolé un petit logis élevé postérieurement au nord, mesure approximativement 54 m de longueur sur 9 m de largeur hors-œuvre (fig. n°18).
Fig. 19 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, éta...
        Ses murs sont constitués d’un mélange de moellons et de blocs grossièrement équarris, autrefois recouverts d’un épais enduit.

Le rez-de-chaussée comprend une succession de six salles séparées par des murs de refend et un étage sous comble composé de deux volumes uniques, également séparés par un refend.

Une charpente (fig. n°19), probablement remaniée à l’époque moderne, soutient une toiture à deux pentes en tuile limitée par des pignons découverts. Des contreforts appareillés renforcent de manière irrégulière la construction : cinq à l’ouest, quatre à l’est et deux sur le pignon sud.


Fig. 20 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, sal...

Les deux salles méridionales du rez-de-chaussée, qui communiquent par une large ouverture en arc brisé, sont couvertes d’un plafond dont les deux rangées de poutres maîtresses sont soutenues, au centre par deux colonnes en pierre[35], aux extrémités par des corbeaux à double encorbellement. Les colonnes sont couronnées d’un chapiteau sommairement épannelé (fig. n°20), souligné par un épais astragale.


Fig. 21 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, sal...

La troisième salle au nord, la seule voûtée dans le bâtiment, est coupée par un refend ajouté postérieurement. Formant deux nefs de trois travées, les six voûtes d’arêtes sont séparées par de larges doubleaux quadrangulaires qui retombent au centre sur deux colonnes trapues (fig. n°21).

Les salles suivantes, simplement plafonnées, ont été davantage remaniées.

Les murs gouttereaux disposent d’ouvertures très hétérogènes qui témoignent de remaniements successifs. Le mur occidental a fait l’objet d’un plus grand soin car de ce côté toutes les ouvertures originelles possèdent un encadrement appareillé : en arc segmentaire pour les portes, rectangulaire et chanfreiné pour les fenêtres. On notera également que l’embrasure intérieure de certaines baies (fig. n°22), notamment à l’étage, est couverte d’un arc segmentaire.

Les portes, qui permettent aussi bien d’accéder aux salles du rez-de-chaussée (fig. n°23) qu’à l’étage[36], présentent parfois un linteau soutenu par des coussinets.

Le pignon sud est percé de trois baies en plein cintre qui ouvraient sur l’étage (fig. n°24).


Fig. 22 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, ext...


Fig. 23 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, mur...


Fig. 24 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, pig...

fig. 22

fig. 23

fig. 24

Intérêt du bâtiment

Bien que des remaniements aient affecté les dispositions primitives, le bâtiment a conservé de nombreux éléments d’origine. Pourtant, aucune étude archéologique ne lui a été véritablement consacrée à ce jour. La Marquise de Maillé considérait que cette «  grange » avait été élevée à la fin du XIIe siècle, à peu près en même temps que les dernières parties de l’abbatiale[37]. Si la forme de certaines ouvertures autorise en effet à retenir cette datation, il convient aussi de demeurer prudent face à une architecture résolument banale et par conséquent très difficile à situer chronologiquement. Dans tous les cas, à en croire les nombreuses reprises et décrochés visibles sur les murs, la construction n’apparaît pas suffisamment homogène pour être le fruit d’une seule campagne.

La fonction du bâtiment suscite moins de doutes. La succession de salles ouvrant chacune sur l’extérieur et l’aspect rudimentaire de l’architecture constituent les principaux indices d’un édifice à vocation agricole, destiné à la fois au bétail et au stockage des céréales. Toutefois, le soin apporté aux baies de la partie méridionale de l’étage, comparables à celle que l’on trouve dans les dortoirs monastiques, laisse supposer un usage plus domestique, réservé par exemple à l’hébergement de travailleurs laïcs. Contrairement à Chaloché et Valence, on sait en revanche que les convers de Preuilly disposaient de leur propre bâtiment sur le côté ouest du cloître.

Au-delà de sa rareté et de son état de conservation, l’intérêt de cette construction réside dans le déploiement d’un programme architectural modeste et peu raffiné, dont la vocation utilitaire transparaît nettement dans des détails d’exécution comme les ouvertures ou les modes de couvrement, affirmant de la sorte une hiérarchie à la fois formelle et fonctionnelle par rapport aux bâtiments claustraux.

Conclusion

Une architecture modeste ?

Peu ou mal considérée, car trop simple et fruste, l’architecture de ces bâtiments utilitaires apparaît parfois comme une forme de sous-architecture monastique, développée exclusivement à des fins pratiques. Bien qu’on ne puisse nier cet aspect là, il ne faut pas écarter toute volonté d’ostentation, qui transparaît surtout dans les dimensions imposantes des édifices et dans le traitement de certaines ouvertures. A bien des égards, le corpus des formes est proche, voire identique à celui de l’habitat civil. Dans les trois exemples présentés ici, on remarquera surtout l’attention portée aux murs-pignons, destinés à signifier la richesse de l’abbaye et à annoncer le programme décoratif des parties nobles du monastère. A Chaloché et Valence, les élégantes fenêtres gothiques à réseau peuvent soutenir la comparaison avec ce que l’on peut trouver dans les habitats aristocratiques et les églises contemporaines[38]. La proximité de la porterie et de l’hôtellerie a d’ailleurs probablement joué un rôle prépondérant dans ce choix. Au bâtiment des Beauvais, les trois baies du pignon sud, certes beaucoup plus simples mais aussi plus anciennes, revêtent la même valeur d’appel.

D’un point de vue technique, ces constructions se contentent d’un appareillage grossier, qui exclut toute stéréotomie régulière, à l’exception souvent des ouvertures. En revanche, les structures en bois, omniprésentes, sont plus élaborées et l’assemblage des planchers et des charpentes est soigné. Ces observations rappellent l’importance du bois dans ce type de construction, encore trop peu considérée, et à quel point il est fondamental d’entreprendre des études complètes afin de développer notre connaissance de la charpente médiévale dans toutes ses applications[39].

La place des laïcs dans les abbayes de Chaloché et de Valence

A la différence de Preuilly, les exemples de Chaloché et de Valence témoignent de la fusion probable de plusieurs fonctions dans un même bâtiment, ménageant ainsi une construction dévolue à la fois aux activités agricoles, à la vie communautaire des frères convers et à l’accueil des visiteurs. Cette constatation appelle plusieurs hypothèses quant à la place et au rôle des convers au sein de ces monastères.

Il convient en premier lieu de rappeler que ces constructions furent élevées tardivement, dans le deuxième tiers du XIIIe siècle, à une époque où la règle s’était nettement assouplie par rapport aux premiers temps de l’ordre. L’embauche d’une main-d’œuvre salariée n’était déjà plus proscrite par le Chapitre général[40] et le recrutement des convers ne cessait de se tarir, accéléré notamment par la promulgation des ordres mendiants[41]. Dans ce contexte, il est évident que le nombre des convers était en baisse dans bien des établissements monastiques et que l’emploi de séculiers était nécessaire pour pallier cette carence, une main-d’œuvre vitale, il faut le rappeler, dans le système économique sans cesse grandissant des domaines cisterciens.

En dépit des exigences croissantes du temporel, les abbayes devaient maintenir les conditions propices à l’organisation de la vie religieuse, qu’une trop forte proximité entre clercs et laïcs compromettait à l’évidence. Cette dichotomie - fondamentale à la survie tant spirituelle que matérielle de l’ordre - est probablement, dès le XIIIe siècle, à l’origine d’une évolution des rapports de proximité entre moines et convers au sein de certains établissements cisterciens. On comprendrait alors aisément que ces abbayes aient souhaité délimiter plus nettement leur espace bâti, en concentrant les activités laïques dans un secteur déterminé du monastère, suffisamment éloigné de la clôture des moines. Ce « zonage », qui renforce par là même le caractère déjà très hiérarchisé de l’espace cistercien, a pour première conséquence de transformer l’habituelle ruelle située entre le cloître et l’aile occidentale[42] en véritable cour, comme à Chaloché et Valence, mais également à l’abbaye de Fontmorigny[43]dans le Berry ou d’Eberbach en Allemagne.

Toutefois, on ne peut pas généraliser cette tendance à tous les monastères cisterciens du XIIIe siècle. Au regard du paysage monumental actuel et de la connaissance que l'on a des sites, il est beaucoup plus pertinent de considérer ce phénomène au cas par cas afin d’éviter de retomber dans les pièges du « plan-type ». La gestion du domaine, la distribution des bâtiments et la place des groupes religieux, étaient davantage liés à l’abbaye, en fonction de ses moyens et de sa politique d’administration du temporel et du spirituel, qu’à l’ensemble de l’ordre. Ce schéma contredit par conséquent l’idée d’une règle cistercienne qui s’appliquerait de manière uniforme. D’une abbaye à l’autre, ces disparités flagrantes, souvent ignorées, conduisent parfois à d’étonnantes constatations ; par exemple aucune aile occidentale ne fut élevée à l’abbaye de Silvacane en Provence : manque de moyens financiers ou absence de convers dans l’enceinte du monastère, remplacés dès le début par des salariés ? L’appréhension de chaque site doit être reconsidérée dans bien des cas.

De la ferme des Beauvais aux bâtiments de Chaloché et Valence

Quelles sont les similitudes entre la ferme des Beauvais de Preuilly et les bâtiments de Chaloché et Valence ? L’implantation nettement en retrait à l’ouest des bâtiments claustraux, les dimensions et le parti architectural sont identiques : une succession de salles au rez-de-chaussée, de grands volumes uniques à l’étage, des couvrements intérieurs en bois et une décoration très limitée. Les points de comparaison sont donc nombreux et concernent essentiellement la physionomie générale. Les différences se manifestent dans les attributions fonctionnelles et les dates de construction. Certes la fonction agricole a prévalu pour les trois, mais nous pensons que les bâtiments de Chaloché et de Valence n’ont pas été élevés à cette seule fin.

Que peut-on déduire de ces constatations ? On s’aperçoit que pour un même type d’édifice, il existe à Preuilly un simple bâtiment agricole géré par les laïcs du monastère, tandis qu’à Chaloché et Valence, quatre-vingts ans plus tard, les fonctions d’accueil et de logement pour les convers fusionnent. L’aile conventuelle "traditionnelle" à destination des convers, communément située près du cloître, disparaît ainsi à Chaloché et à Valence au profit d’une organisation différente des espaces communautaires. De là à considérer qu’entre l’exemple de l’abbaye de Preuilly et ceux de Chaloché et de Valence les dispositions des monastères cisterciens ont évolué, il n’y a qu’un pas, mais que nous ne pouvons encore franchir.


Référence de cet article

TOURNADRE,Franck.De l’aile conventuelle à destination des convers au bâtiment agricole à fonction multiple : le cas des abbayes cisterciennes de Chaloché (Maine-et-Loire), Preuilly (Seine-et-Marne) et Valence (Vienne). In Situ, revue des patrimoines [en ligne],2004, n°5 [consulté le JJ/MM/AAAA].
http://www.insitu.culture.fr/article.xsp?numero=5&id_article=d7-1916


Table des illustrations

Fig. 1 - Abbaye de Chaloché, vue de la « grange » et de la porterie depuis l’est. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2000.

Fig. 2 - Abbaye de Chaloché, vue cavalière de 1699. Bibliothèque Nationale, collection Gaignières © Bibliothèque nationale de France.

Fig. 3 - Abbaye de Chaloché, plan de la « grange » au rez-de-chaussée. H. Rezza © MAP, C.R.M.H., 1992.

Fig. 4 - Abbaye de Chaloché, grande salle nord de la « grange ». Phot. D. Bontemps © C.R.M.H., 1989.

Fig. 5 - Abbaye de Chaloché, charpente de la « grange ». Phot. D. Bontemps © C.R.M.H., 1977.

Fig. 6 - Abbaye de Chaloché, face est de la « grange ». Phot. D. Bontemps © C.R.M.H., 1989.

Fig. 7 - Abbaye de Chaloché, baie du pignon sud de la « grange ». Phot. D. Bontemps © C.R.M.H., 1989.

Fig. 8 - Abbaye de Chaloché, porterie et chapelle vues du sud-est. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2000.

Fig. 9 - Abbaye de Chaloché, mur nord de la porterie et façade ouest de la chapelle. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2000.

Fig. 10 - Abbaye de Valence, plan des toits du XVIIIe s. Document conservé au Centre historique des Archives nationales, Paris, cote : N III – Vienne 7.

Fig. 11 - Abbaye de Valence, « grange » vue de l’est. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2001.

Fig. 12 - Abbaye de Valence, porte gothique sur le mur est de la « grange ». Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2001.

Fig. 13 - Abbaye de Valence, face ouest de la « grange ». Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2001.

Fig. 14 - Abbaye de Valence, face est et pignon nord de la « grange ». Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2001.

Fig. 15 - Abbaye de Valence, baie du pignon nord de la « grange ». Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2001.

Fig. 16 - Abbaye de Valence, porterie vue du nord-est. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2001.

Fig. 17 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, face ouest. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2003.

Fig. 18 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais vu du nord-est. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2003.

Fig. 19 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, étage et charpente. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2003.

Fig. 20 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, salle sud. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2003.

Fig. 21 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, salle voûtée. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2003.

Fig. 22 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, extrémité sud de la face ouest. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2003.

Fig. 23 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, mur est de l’étage. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2003.

Fig. 24 - Abbaye de Preuilly, bâtiment des Beauvais, pignon sud. Phot. F. Tournadre © F. Tournadre, 2003.


Notes

1 - Parmi les ouvrages connus, citons : BLARY, François. Le domaine de Chaalis, XIIe-XIVe s. Paris : C.T.H.S., 1989. L’économie cistercienne du Moyen Age aux Temps Modernes. Cahiers deFlaran, 3. 1983. PRESSOUYRE, Léon (dir.). L’espace cistercien. Paris : C.T.H.S., 1994.

2 - Les frères convers sont des religieux laïcs dont le rôle est de s’acquitter des travaux manuels à l’intérieur de l’abbaye cistercienne ou sur ses dépendances agricoles, industrielles et commerciales (maisons de ville).

3 - TOURNADRE, Franck. Les bâtiments conventuels cisterciens à l’usage des convers dans les régions Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Mém. de DEA de Civilisation médiévale (dir. C. Andrault-Schmitt). C.E.S.C.M., Université de Poitiers, 2001. 2 vol.

4 - AUBERT, Marcel. L’architecture cistercienne en France. Paris : Les éditions d’Art et d’Histoire, 1943, t. II, p. 159-171.

5 - Cette chapelle était destinée aux personnes non autorisées à assister aux offices religieux dans l’abbatiale.

6 - Gallia Christiana, t. XIV, col. 720.

7 - PORT, Célestin. Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire et de l’ancienne province d’Anjou. Angers : 1869-1878. t. I, p. 611.

8 - La plupart des poteaux, bien que calcinés, sont encore en place.

9 - Un daguerréotype des années 1840-1850 et des notes conservés par l’actuelle propriétaire fournissent des informations précises sur les travaux et remaniements effectués sur le bâtiment aux XIXe et XXe siècles.

10 - BONTEMPS, Daniel. La « grange » de l’abbaye cistercienne de Chaloché (Maine-et-Loire) ou de l’importance de l’étude de la charpente dans un bâtiment médiéval. Archéologie médiévale. 1995, t. XXV, p. 27-64, p. 35. L’auteur mentionne d’ailleurs une ouverture similaire observée par M. AUBERT. L’architecture cistercienne en France. Paris : Les éditions d’Art et d’Histoire, 1943, t. II, p. 163) pour la grange de l’abbaye cistercienne de Jouy en Champagne.

11 - D’après l’observation du revers du mur, Daniel BONTEMPS (La grange de l’abbaye cistercienne de Chaloché (Maine-et-Loire) ou de l’importance de l’étude de la charpente dans un bâtiment médiéval. Archéologie médiévale. 1995, t. XXV, p. 37-38) signale l’existence éventuelle de deux anciennes portes disparues au nord du passage. Des traces de piédroits extérieurs semblent aussi l’indiquer.

12 - BONTEMPS, Daniel. La « grange »de l’abbaye cistercienne de Chaloché (Maine-et-Loire) ou de l’importance de l’étude de la charpente dans un bâtiment médiéval. Archéologie médiévale. 1995, t. XXV,p. 27-64.

13 - BONTEMPS, Daniel. La « grange » de l’abbaye cistercienne de Chaloché (Maine-et-Loire) ou de l’importance de l’étude de la charpente dans un bâtiment médiéval. Archéologie médiévale. 1995, t. XXV, p. 48. Prélèvements et analyses effectués par le laboratoire ARCHEOLABS (réf. : ARC 92/R 1101 D).

14 - BONTEMPS, Daniel. La « grange » de l’abbaye cistercienne de Chaloché (Maine-et-Loire) ou de l’importance de l’étude de la charpente dans un bâtiment médiéval. Archéologie médiévale. 1995, t. XXV, p. 49-50.

15 - PICHOT, Ludovic.Contribution à l’étude de l’économie cistercienne en Anjou : le cas de Chaloché (début XIIe s.-1227). Mém. de Maîtrise d’Histoire (dir. N.-Y. Tonnerre). Université d’Angers, 1998.

16 - BONTEMPS, Daniel. La « grange » de l’abbaye cistercienne de Chaloché (Maine-et-Loire) ou de l’importance de l’étude de la charpente dans un bâtiment médiéval. Archéologie médiévale. 1995, t. XXV, p. 54-55.

17 - TOURNADRE, Franck. Les bâtiments conventuels cisterciens à l’usage des convers en France. Thèse de doctorat d’Histoire de l’art (dir. C. Andrault-Schmitt). C.E.S.C.M., Université de Poitiers, travaux en cours.

18 - Gallia Christiana, t. II, col. 1359.

19 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-111, p. 98. L’auteur met en avant la valeur politique du geste, «  qu’il faut comprendre comme un élément de politique d’alliance avec les capétiens Louis IX et Blanche de Castille, à la veille de la fondation de Royaumont en 1228 ».

20 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-111, p. 110. L’abbatiale, considérée comme le premier grand chantier rayonnant du Poitou, mesurait à peu près 80 m de longueur. Elle a aujourd’hui totalement disparu.

21 - DENIFLE, Henri. La désolation des églises, monastères et hôpitaux en France pendant la guerre de Cent Ans. Paris : 1897-1899, t. II, p. 184. Valence est investie en 1338 par une troupe de mercenaires.

22 - BROUILLET, P.-A. Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai. Civray : 1865, p. 287. Ces travaux sont confirmés en 1668.

23 - Arch. dép. Vienne : Q2 33.

24 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-111, p. 102.

25 - La trace d’un niveau de plancher antérieur apparaît par endroits. Il est fort probable qu’il s’agisse du plancher primitif.

26 - Un tel élément de fermeture existe à la tour-résidence de Crépy-en-Valois (Oise), datée du début du XIIIe siècle. Voir MESQUI, Jean. Châteaux et enceintes de la France médiévale. De la défense à la résidence, t. II, La résidence et les éléments d’architecture. Paris : Picard, 1993, p. 227, fig. 281.

27 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-110.

28 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-111, p. 103.

29 - AUBERT, Marcel. L’architecture cistercienne en France. Paris : Les éditions d’Art et d’Histoire, 1943, t. II, p. 162.

30 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-111, p. 105.

31 - Une baie à coussièges existe aussi à l’étage de l’aile occidentale de la Clarté-Dieu (Indre-et-Loire), datée des années 1270. Voir TOURNADRE, Franck. Les vestiges de trois abbayes cisterciennes dans le diocèse de Tours : Baugerais, Fontaines-les-Blanches, la Clarté-Dieu - Etude archéologique. Mém. de Maîtrise d’Histoire de l’art et d’archéologie (dir. C. Andrault-Schmitt), Université de Tours, 1999, 2 vol.

32 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-111, p. 103.

33 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-111, p. 104.

34 - ANDRAULT-SCHMITT, Claude. L’abbaye de Valence en Poitou et le style gothique des cisterciens, Actes du colloque : Isabelle d’Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246). Civilisation Médiévale, 1999, t. V, p. 97-111, p. 98.

35 - Dans la deuxième salle, l’une des deux colonnes a été remplacée par un poteau en bois.

36 - L’absence d’escalier prouve que des échelles étaient nécessaires pour accéder à l’étage.

37 - MAILLE, Marquise de. L’église cistercienne de Preuilly. Bulletin monumental. 1930, t. LXXXIX, p. 347-352.

38 - D. BONTEMPS (La « grange » de l’abbaye cistercienne de Chaloché (Maine-et-Loire) ou de l’importance de l’étude de la charpente dans un bâtiment médiéval. Archéologie médiévale. 1995, t. XXV, p. 27-64, p. 54-55) a observé des similitudes troublantes entre la grande fenêtre de Chaloché et les baies de l’abside de la cathédrale d’Angers.

39 - Parmi les publications récentes, citons la remarquable étude de la grange de Maubuisson : DIETRICH, Anne, GAULTIER, Matthieu. La charpente de la grange abbatiale de Maubuisson (Saint-Ouen-l’Aumône, Val-d’Oise). Archéologie médiévale. 2001, t. XXX-XXXXI, p. 109-132.

40 - DUCOURNEAU, Othon. De l’institution et des us des convers dans l’Ordre de Cîteaux (XIIe-XIIIe siècles). Dans Saint Bernard et son temps. Dijon : 1929, t. II, p. 139-201, p. 172. Dès 1137, le Chapitre général de Cîteaux autorise les abbés qui n’auraient pas au moins huit convers à employer des domestiques dans les cuisines.

41 - DUCOURNEAU, Othon. De l’institution et des us des convers dans l’Ordre de Cîteaux (XIIe-XIIIe siècles). Dans Saint Bernard et son temps. Dijon : 1929, t. II, p. 139-201, p. 172. Le Chapitre général s’en plaint expressément en 1274.

42 - Une telle ruelle existe notamment à Aiguebelle (Drôme), Fontfroide (Aude) et Royaumont (Val-d’Oise).

43 - TOURNADRE, Franck. Les bâtiments conventuels cisterciens à l’usage des convers dans les régions Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Mém. de DEA de Civilisation médiévale (dir. C. Andrault-Schmitt). C.E.S.C.M., Université de Poitiers, 2001. 2 vol., p. 7-14.